Deux UDC au Conseil fédéral. Pourquoi pas?

Aujourd’hui le nouveau Parlement prend ses fonctions. Deux nouvelles assemblées composées de nouveaux visages, mais pas seulement. Elles se révèlent aussi par une géographie inédite. Territoires politiques et frontières partisanes sont désormais plus complexes, plus mouvants. Les alliances et les rapports de force moins attendus. Ni le Parlement, ni la Suisse sont tels qu’il y a quatre ans.

Du coup, la revendication de l’UDC d’avoir un deuxième siège, concrétisée jeudi dernier par la présentation du ticket composé de Jean-François Rime et de Bruno Zuppiger, s’inscrit dans ce contexte politique renouvelé. Un contexte qui, à mes yeux, pourrait justifier qu’on satisfasse leurs ambitions. Oui, même pour la femme de gauche que je suis, et qui a eu pour adversaire dans la course aux Conseil des Etats, un solide représentant du parti blochérien, l’élection d’un deuxième UDC n’est pas un tabou. Pourquoi ?

Le Fribourgeois Jean-François Rime et le Zurichois Bruno Zuppiger, jeudi dernier: l'un des deux sera-t-il le second UDC élu au Conseil fédéral le 14 décembre?

Premier constat, la crise économique menace notre pays. Les entreprises licencient, les salariés et les ménages souffrent, la croissance stagne. La population, dans toutes les régions du pays, s’inquiète. Cette crise qui risque de freiner les investissements dont la Suisse a besoin nécessite que chaque parti politique assume sa part de responsabilité. Un parti marginalisé, écarté volontairement du pouvoir, se trouvera autorisé à pratiquer démagogie et réponses populistes. Comment dès lors trouver des solutions pour tout le pays si elles se heurtent systématiquement aux oppositions boudeuses d’une UDC contrariée?

Ce constat est d’autant plus aigu que la situation économique de notre pays dépend étroitement de notre relation avec l’Europe. La demande d’échange automatique d’informations, la libre-circulation des personnes, ou l’interdiction pour les pays membres de relations bilatérales nous imposent de complexes équations. Difficile de les résoudre, de faire entendre notre voix si particulière, si l’ensemble du spectre politique ne s’y engage pas intensément.

L’UDC n’est plus, comme les années précédentes, le parti qui peut à lui tout seul dicter l’agenda politique.

Enfin, accorder un deuxième siège à l’UDC au Conseil fédéral entre dans le domaine de l’imaginable parce que le parti de Christoph Blocher a perdu de sa morgue et de son arrogance. L’UDC n’est plus, comme les années précédentes, le parti qui peut à lui tout seul dicter l’agenda politique. Elle est affaiblie, la tête du parti tranchée par les défaites électorales.

Le parti socialiste, comme force en progression, se trouve, au contraire, dans la meilleure situation pour imposer les conditions de son soutien. J’en vois au moins trois. Le candidat s’engage à soutenir les accords de libre-échange avec l’Europe. Le parti démocratique du centre renonce aux méthodes et aux discours xénophobes qui ont trop souvent dépassé le tolérable ces dernières années. Et enfin, il y a négociations préalables sur l’attribution des départements.

Ainsi l’UDC serait-elle privée de son argument principal, le «seul contre tous», gage de ses progressions passées, et nous, débarrassés de son éternelle complainte du mal-aimé.