La politique est une drogue

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On entendrait presque Le blues du politicien sous la Coupole fédérale lors de cette session d’automne. Une mélodie douce-amère pastichée du Blues du businessman que les Francophones connaissent bien. Cette chanson était l’un des tubes de Starmania, la comédie musicale à succès qui a marqué une époque. L’affaire du burnout de Natalie Rickli a ainsi mis en évidence le surmenage physique et psychologique de beaucoup d’élus.

Sur la page Facebook de Natalie Rickli, les messages de soutien se multiplient pour souhaiter un prompt rétablissement à la figure montante de l’UDC zurichoise. La princesse d’acier est devenue en un aveu – «Burnout – jamais je n’aurais pu imaginer que ça puisse m’arriver» – une femme de 35 ans que l’engagement a consumé par les deux bouts. Et que son médecin a mis au repos forcé.

«Nous sommes comme des boxeurs, on esquive beaucoup de coups, mais on en prend pas mal. C’est parfois dur. On se sent souvent très seul», avoue ainsi Christophe Darbellay. Le président du PDC, comme d’autres politiciens, a été touché par ce non-événement politique, mais qui révèle néanmoins la situation paradoxale des élus fédéraux. Ils jouissent à la fois d’une forte visibilité médiatique mais doivent gérer seuls les contingences d’un agenda noirci de sollicitations et surtout les coups durs.

Tous les politiciens interrogés disent l’importance de connaître ses limites physiques et psychologiques.

Les burnout ne sont pas rares dans la vie politique. Natalie Rickli est un parfait exemple. (Image: Keystone)

A tendre l’oreille auprès des politiciens, on comprend que la fatigue physique n’est rien comparée à l’usure psychologique. «Je ne perds pas mon temps à justifier des absences, ce qui pourrit la vie de pas mal de collègues politiciens», témoigne le président du PS Christian Levrat. Une méthode de bulldozer qui dit a contrario l’importance de l’image et de la présence nécessaire pour faire partie des politiciens qui comptent.

Ainsi les cas de burnout en politique sont légion. De celui spectaculaire de Rolf Schweiger qui n’avait tenu le coup que six petits mois en 2004 à la présidence du Parti radical au «trou noir» de l’UDC Yvan Perrin en 2010, certains élus ont failli y laisser leur santé. Dans les cantons aussi, les exemples pullulent de politiciens qui se sont abîmés dans l’exercice de la vie publique. Je suis crevé, la politique est une drogue, avait lâché le Vert Philippe Bieler en 2003 pour motiver son retrait du Conseil d’Etat vaudois.

Ainsi tous les politiciens interrogés disent l’importance de connaître ses limites physiques et psychologiques et la nécessité de se préserver des plages de temps libre pour se ressourcer et réfléchir loin de l’agitation. Conseiller fédéral radical de 1998 à 2009, le Valaisan Pascal Couchepin se pliait à cette discipline. Il trouvait ainsi le temps, même quand l’agenda débordait, de se retirer le mercredi après-midi sur les hauteurs de Martigny pour de longues marches en montagne. Histoire, expliquait-il, de prendre du recul et d’analyser les enjeux loin des obligations administratives.

A la retraite depuis trois ans maintenant, Pascal Couchepin n’a pas pour autant quitté l’espace public. Entre deux marches en montagne, il trouve le temps d’aiguiser ses chroniques pour la radio d’Etat romande qu’il aimait tant moquer autrefois. Pour ceux qui ne s’en étaient pas rendu compte, Peter Bodenmann n’est plus président du PS Suisse depuis 1997. Il multiplie les billets et commentaires dans la presse suisse des deux côtés de la Sarine! Si on en croit les effets secondaires – dépendance, coup de blues, etc. – la politique est une drogue , disait-on.