Les pertes d’emploi ne sont pas une fatalité

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J’ai récemment eu la chance de visiter quelques entreprises de mon canton. Toutes me disent qu’actuellement, c’est dur. Toutes me disent que le franc est trop haut. Que nos voisins européens se recroquevillent sur eux-mêmes et la sauvegarde de leurs propres places de travail. L’actualité confirme ces propos. Coup sur coup, le canton de Vaud a failli être marqué par une hécatombe d’emplois sur son territoire. Il y a une année presque jour pour jour, Novartis annonçait la fermeture du site de Prangins. Quelques mois plus tard, Bobst, entreprise sociale modèle, se voyait contrainte de réduire la voilure. Et récemment, Swissprinters entendait rayer de son groupe l’existence des Imprimeries réunies, installées dans l’ouest lausannois.

Conclusion: à ce rythme, la Suisse va perdre son héritage industriel, ses entreprises de production, ses emplois. Certains s’y résignent, voire s’en réjouissent. Après tout, nous vivons dans une société de services. La Suisse y excelle, son niveau de formation est au plus haut. Nous aurions tout pour devenir une sorte de grand guichet multi-prestations, destiné aux sièges d’entreprises qui produisent ailleurs.

Les solutions sont possibles si l’on fait preuve de créativité et que l’on ne craint pas d’investir, de façon ciblée, l’argent public.

L’entrée du site de Novartis à Prangins. (Image : Keystone)

Je pense au contraire que les savoir-faire et les compétences des salariés méritent mieux que le cynisme et la résignation. Et la force de notre pays repose sur une économie diversifiée, génératrice d’emplois de qualité. Oui mais comment agir ? Comment agir contre la désindustrialisation?

D’abord croire en un partenariat social fort. Impossible de mener la bataille contre une fermeture de sites ou des licenciements massifs sans des syndicats puissants, bien implantés dans les entreprises et solides financièrement.

Deuxièmement, et c’est à ce titre que l’expérience vaudoise est intéressante, ne pas craindre d’engager la responsabilité de l’Etat et des milieux politiques. Si la direction de Novartis a renoncé à fermer son site vaudois, c’est bien parce qu’elle a senti la résistance farouche de toute la classe politique et de la population à cette décision. Si les Imprimeries réunies renaissent, c’est parce qu’aux côtés des syndicats, on a trouvé le gouvernement vaudois, représenté, sur ce dossier, par un ministre libéral!

Enfin, les solutions sont possibles si l’on fait preuve de créativité et que l’on ne craint pas d’investir, de façon ciblée, l’argent public. Ainsi le canton de Vaud n’a pas hésité à épauler l’entreprise Bobst, étranglée par un franc trop fort, en soutenant financièrement son centre de formation.

D’autres pistes existent. Entre autres celles évoquées par les responsables d’entreprises eux-mêmes. Un de ces entrepreneurs me disaient : «pourquoi la Confédération ne met-elle pas sur pied un fonds pour l’innovation destiné aux entreprises ?». Cette proposition, portée par le parti socialiste depuis vingt ans et rejetée par les partis de droite, mérite d’être réactualisée. Un autre pointait du doigt un sérieux paradoxe. Son entreprise, une multinationale, bénéficiaire d’un important contrat public, a préféré faire travailler ses salariés allemands et autrichiens plutôt que les travailleurs de ses sites suisses. Le respect de la loi sur les marchés publics ne devrait pourtant pas s’opposer au maintien de notre industrie… Des pistes à creuser pour sauvegarder les emplois de demain !