Pas de «village nucléaire» en Suisse

  • Pin this page0
  • 0

Seize mois après Fukushima, une commission d’enquête indépendante publiait un rapport sur le déroulement de l’accident. Alors que les discussions s’étaient jusqu’alors concentrées sur ses dimensions techniques, poussant plusieurs pays à renouveler les contrôles de résistance de leurs centrales nucléaires face aux catastrophes naturelles, ce rapport mettait en lumière le rôle des paramètres humains dans la catastrophe, le président de la commission allant jusqu’à affirmer que celle-ci trouvait ses causes dans la culture japonaise elle-même, en particulier dans sa réticence à remettre en question l’autorité, sa tendance à suivre le programme et sa mentalité de groupe.

Nous nous battrons pour que des risques humains comme le manque d’indépendance et d’esprit critique soient considérés avec autant de sérieux que les risques techniques dans le domaine du nucléaire.

Les risques ne sont pas uniquement de nature technique: Ici la centrale de Muhleberg. (Image: Keystone)

Ces propos devraient nous faire réfléchir autant que ceux qui ont été tenus sur les lacunes techniques tant de fois dénoncées après l’accident. La Suisse dispose-t-elle de cet esprit libre et critique face au risque nucléaire, qui aurait tant manqué au Japon ? On est en droit d’en douter après que Marcos Buser, expert dans le domaine du traitement des déchets nucléaires, a démissionné de la Commission fédérale de sécurité nucléaire (CSN), en dénonçant le manque d’indépendance des contrôleurs, trop proches de ceux qu’ils doivent contrôler. Et il ne s’agit pas d’un fait isolé: 
il y a un peu plus d’une année, le conseil de l’Inspection fédérale pour la sécurité nucléaire (IFSN) comptait encore parmi ses membres le professeur à l’EPFZ Horst-Michael Prasser, dont la chaire est financée par le lobby de l’atome, et Peter Hufschmied, président du conseil d’administration de la Maison tropicale SA, dans laquelle les Forces motrices bernoises (FMB), exploitante de Mühleberg, ont une participation significative.

Les Verts sont intervenus à maintes reprises pour dénoncer cette situation inquiétante, le conseiller aux Etats genevois Robert Cramer demandant il y a plus d’un an, par voie d’interpellation, s’il ne serait pas temps qu’un antinucléaire préside l’IFSN, considérant que la crédibilité de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire est étroitement liée à l’esprit critique de ses membres. Peine perdue ! Voici ce qu’affirmait le Conseil fédéral, quelques mois plus tard, dans sa réponse à une motion du conseiller national vert Geri Müller sur le même sujet : « L’indépendance de l’IFSN et la transparence des activités de celle-ci sont garanties. […] Le Conseil fédéral ne voit aucune raison de modifier fondamentalement le système de surveillance nucléaire en Suisse ».

Les Japonais parlent aujourd’hui du « village nucléaire » pour décrire le triumvirat formé par les industriels du nucléaire, le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie et le gouvernement. Nous ne voulons pas d’un tel village en Suisse et nous nous battrons pour que des risques humains comme le manque d’indépendance et d’esprit critique soient considérés avec autant de sérieux que les risques techniques dans le domaine du nucléaire.