L’environnement n’a pas de couleur politique

L’écologie surabonde au Grand Conseil vaudois: 19 députés verts et 7 députés verts libéraux. Il en est de même au Conseil national, respectivement 15 et 12. L’écologie s’est ainsi dédoublée en un parti de gauche et un parti de droite.

C’est la réaction inévitable au gauchisme initial du parti vert, (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur) fondé dans les années 80 par le reflux de l’extrême gauche classique, communistes dogmatiques, post soixante-huitards attardés, maoïstes hagards. Puisque le capitalisme réussissait mieux que le soviétisme, il ne restait plus qu’à contester son succès apparent, la croissance.

Il est donc compréhensible que des électeurs sensibles à l’écologie mais réfractaires au socialisme aient fondé un parti Vert’libéral par raison de symétrie, en visant comme programme la conciliation de l’écologie et de l’économie.

(Keystone)

Ecologie? Investissements pour la protection de l'environnement? L'affaire de tous, pas d'un parti! Montage de panneaux solaires à Spreitenbach (AG). (Image: Keystone)

Il reste que cette division souligne une ambiguïté. En soi, l’écologie, souci du développement durable, préservation d’une planète habitable, devrait échapper au clivage classique droite-gauche. Elle reflète un basculement radical des perspectives: du précepte moral classique – ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse – à une règle bien plus exigeante: agis de sorte que tes descendants puissent encore agir de la même façon.

Il ne s’agit plus seulement de gérer le présent pour le présent, mais en fonction d’un avenir, qui n’existe pas encore mais qui constitue un impératif: il faut assurer la survie de l’espèce humaine, prodigue de ressources qui s’épuisent: air, eau, énergie, terres arables.

Le lieu d’un projet écologiste intransigeant se situe au centre, seul capable d’imaginer des solutions réalistes, plutôt que d’aboutir à des compromis boiteux.

Un tel projet ne devrait pas devenir un enjeu politique habituel. L’écologie doit constituer à partir de maintenant la définition d’un projet de société situé bien au-dessus des querelles partisanes. Il faudra plus de sobriété, à commencer par les classes favorisées; plus de contraintes législatives, sans violer les droits fondamentaux; assurer l’emploi, mais pas n’importe lequel; moins de croissance quantitative, plus de croissance sélective.

Comment atteindre ce délicat équilibre, fondateur d’un nouvel ordre social, si l’on s’enferme d’entrée de jeu dans une idéologie qu’elle soit de droite ou de gauche? Il ne faut pas réclamer plus ou moins d’Etat, mais l’Etat capable de gérer cette mutation. Si l’on se situe à droite ou à gauche, on s’interdit d’atteindre cet équilibre, sinon au terme d’une confrontation confuse, aboutissant à quelque accommodement maladroit.

Le lieu d’un projet écologiste intransigeant se situe au centre, seul capable d’imaginer des solutions réalistes, plutôt que d’aboutir à des compromis boiteux. Ce n’est pas rien de sortir du nucléaire: il y faut l’accord du plus grand nombre dans l’enthousiasme d’un projet et non dans la résignation à l’inéluctable.