Le mensonge de la répression

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Une étude affirmant que l’aide au développement n’apporte rien a trouvé un sol fertile dans notre pays. Toutefois, l’équipe du laboratoire d’idées Foraus s’étonne aujourd’hui encore du large écho rencontré par son article de la semaine dernière sur le développement économique et la migration.

Le document apporte la preuve concluante et bienvenue que ce ne sont pas les affamés qui viennent en Europe, mais ceux qui sont parvenus à vaincre la faim… et qui ont maintenant soif d’un meilleur avenir. Autrement dit, les «un peu moins pauvres», pour reprendre une expression courante, généralement teintée de reproche.

Les réactions de la gent politique? Tristement prévisibles. Et évidente la satisfaction de ceux qui l’ont toujours su: l’UDC et ses maîtres à penser ne considèrent-ils pas depuis longtemps l’aide au développement comme inutile et contreproductive? La Weltwoche, qui n’a de cesse d’en apporter la preuve aux «tiers-mondistes», demandait récemment: «Les organismes caritatifs empêchent-ils – sciemment ou de manière dangereusement naïve – la prospérité dans les pays en développement?»

Selon le laboratoire d'idées Foraus, les mesures répressives contre l’immigration sont encore plus contreproductives que l’aide au développement. Fouille d'un demandeur d'asile tunisien à la douane de Chiasso. (Image: Keystone)

Ceux qui, en revanche, sont les mieux placés pour le savoir, ont été irrités par la prise de position de Foraus. En gros, tout est connu depuis longtemps, il n’y a rien de nouveau, rien d’utile. La Confédération sait bien qu’elle ne peut vendre l’aide au développement que sous l’angle de l’intérêt personnel: nous envoyons des fonds en Afrique, et en contre-partie les Africains restent là où ils sont. Les déclarations révélatrices de jeunes politologues à ce sujet sont exaspérantes.

Où en serions-nous si la DDC devait vraiment assumer son rôle? Celui d’œuvrer pour la noble fin en soi de l’aide au développement en tant qu’exigence de solidarité et investissement pour la paix future? Cela sonne aujourd’hui quelque peu ironique.

Non, la Suisse conçoit l’aide au développement comme un remède à la migration. L’ancien ministre de la Justice, Christoph Blocher, calculait d’ailleurs ainsi son budget, de manière tout à fait officielle. Et la DDC joue le jeu. Pour avoir la paix.

Autre fait encore plus déprimant de la semaine dernière: la deuxième moitié de l’article de Foraus, sur les effets de la régulation de la répression, est tombée dans l’oreille de sourds. Sa conclusion? Les mesures répressives contre l’immigration sont encore plus contreproductives que l’aide au développement.

Signaler la surenchère sur le marché de la répression revient à parler à un mur.

Les obstacles à l’entrée dans le pays conduiraient, par exemple, à une surenchère entre la forteresse européenne et l’industrie des passeurs. Celle-ci représente actuellement un chiffre d’affaires de près de 13 milliards de francs dans l’espace méditerranéen. Plus que la drogue.

Les barrières destinées à empêcher l’accès au marché du travail favorisent le travail au noir. Selon une estimation prudente, la répression pousserait 92’000 personnes à travailler dans l’illégalité. Le contournement de l’interdiction de travail serait la règle, le recours à l’aide d’urgence l’exception, écrit Foraus.

Bilan: «Les mesures répressives perdent au bout d’un an au plus tard tout effet décelable.» En outre, «la répression accroît les coûts de la migration». Avec deux conséquences. Premièrement, même la répression ne nous apporte pas les plus pauvres, mais les un peu moins pauvres. Deuxièmement, cela augmente l’attrait pour les passeurs de faire venir des personnes en Europe.

Autrement dit, la répression entraîne davantage d’immigration. Pourquoi cet enseignement n’a-t-il pas rencontré la semaine dernière le même écho que la démythification de l’aide au développement? C’est très simple: parce que tout le monde le sait. Le débat sur l’aide d’urgence en matière d’asile l’a bien montré. Signaler la surenchère sur le marché de la répression revient à parler à un mur. Rien d’étonnant donc à ce que les vingt dernières pages du papier de Foraus n’aient intéressé personne.

Que ceux qui, à l’avenir, reprochent aux «tiers-mondistes» leur mauvaise foi, regardent la leur en face, car elle cause bien plus de dégâts dans le monde.