La fin de la Genève internationale?

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L’esprit de Genève est fermement ancré dans l’ordre international libéral créé par l’Occident, notamment les Etats-Unis, à partir de la fin du XIXe siècle, et en particulier entre les deux guerres. Du Lieber Code promulgué pendant la Guerre de sécession des Etats-Unis au Comité international de la Croix-Rouge en passant par la salle de l’Alabama, Woodrow Wilson et la Société des Nations, l’esprit de Genève est au cœur de la Genève internationale. Il représente un ordre international libéral fondé sur l’Etat de droit, les institutions internationales et l’arbitrage comme mode de résolution des différends.

J’ai récemment discuté avec un ambassadeur de l’une des puissances émergentes appelées BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). J’ai été très surpris, au cours de notre conversation, par son manque d’intérêt pour cet ordre traditionnel. Tout en reconnaissant les institutions existantes et en étant familier du système lui-même, il évoquait sans cesse des modifications en profondeur de l’ordre mondial. En substance, il me disait poliment que le système multilatéral international et les institutions de Genève étaient délaissés au profit d’autres considérations.

L'esprit de Genève représente un ordre international libéral fondé sur l’Etat de droit, les institutions internationales et l’arbitrage comme mode de résolution des différends. Le Palais des Nations à Genève (image: Keystone)

Mais quelles considérations? Pour lui, c’était en premier lieu les intérêts nationaux de son pays. Plutôt que de porter aux nues les organisations multilatérales, il parlait, presque de mauvaise grâce, de leur utilité pour son pays dans certaines circonstances. Il n’était absolument pas intéressé par le renforcement du système lui-même.

De même, il est rapidement devenu clair que le diplomate considérait le système actuel comme un avant-poste de l’impérialisme occidental. Tout en admettant la contribution positive de certaines institutions, il appelait plutôt de ses vœux un nouvel ordre mondial dans lequel son pays, ainsi que les autres pays BRICS, auraient une meilleure représentation et davantage de pouvoir.

Le manque d’intérêt des puissances émergentes envers les institutions internationales n’est pas de bon augure pour l’ordre mondial.

Dans un éditorial de l’International Herald Tribune, Ian Bremmer et David Gordon ont récemment évoqué l’«essor de la différence». Dans leur description des puissances émergentes, ils écrivent qu’«elles considèrent la poursuite du développement comme un droit et restent davantage attachées à la croissance économique qu’à une participation responsable au niveau international». Les Etats-Unis se montrant de plus en plus attachés à des préoccupations intérieures, le manque d’intérêt des puissances émergentes envers les institutions internationales n’est pas de bon augure pour l’ordre mondial.

Quelles en sont les conséquences pour la Genève internationale? Le cycle de négociations commerciales de Doha s’est terminé sur un échec. La Conférence du désarmement est dans une impasse. Le Conseil des droits de l’homme est impuissant face aux graves violations des droits de la personne en Syrie. L’ordre international libéral disposait d’une direction et d’une vision. C’est cela qui sous-tend l’esprit de Genève, et qui a créé la Genève internationale. Nous sommes bien loin aujourd’hui de cette direction et de cette vision.